01. Marie FARGUES (1884-1973) par Laurent GUTIERREZ

 

Extrait de ma notice a paraitre dans la deuxieme edition revue et remaniee du "Dictionnaire historique de l"Education chretienne d’expression francaise" (Don Bosco, 2009) :

"Marie Noël naît le 15 mai 1884 à Paris. A 15 ans, elle entre au couvent de jeunes filles de Mon Séjour, à Aigle, en Suisse. Deux ans plus tard, elle quitte cette institution tenue par les sœurs de Sainte-Clotilde, pour Paris, afin d’obtenir son Brevet élémentaire. Attirée par le professorat, elle suit des études spéciales de dessin. Recalée aux épreuves pratiques de ce concours, elle passe ensuite son Brevet Supérieur et son Certificat d’Etudes Pédagogique. En janvier 1909, elle se marie avec un médecin, Armand Fargues, qui disparaît malheureusement, deux ans après. Veuve à 27 ans, elle se retrouve seule avec sa fille Geneviève en bas âge. Durant la guerre, en 1916, alors qu’elle s’occupe d’élever des orphelines d’officiers tués au front, elle adhère aux idées prônées par "La Revue des Jeunes" et fait la connaissance d’éducatrices qui lui permettront, au sortir de la guerre, de poursuivre sa vocation dans le cadre de jardins d’enfants. Le 10 novembre 1919, à la demande du Père Sertillanges, Marie Fargues publie dans La revue des Jeunes son premier article, intitulé "Le problème de la première formation religieuse".

En 1921, elle entre à l’Ecole des Roches comme jardinière d’enfants, puis y devient Professeur de français pour les enfants de 8ème et de 9ème. L’année suivante, toujours encouragée par Sertillanges, elle publie son premier livre "Choses divines et petits enfants" (1922). Attirée par les questions de pédagogie, elle devient, en 1925, avec d’autres professeurs de l’Ecole des Roches et son directeur Georges Bertier, membre de l’association de "La Nouvelle Education" de Roger Cousinet et de Madeleine Guéritte. Le 18 janvier 1928, elle fait une conférence intitulée Voyage à vol d’oiseau à travers la pédagogie nouvelle à l’Institut catholique de Paris. A cette occasion, elle entre en contact avec Adolphe Ferrière, afin de lui soumettre son point de vue sur les fins que doit poursuivre toute méthode pédagogique. (...).

Son ambition est véritablement d’œuvrer dans le sens d’une pédagogie nouvelle catholique. Elle va rejoindre ici, tout naturellement, François Chatelain o.p. qui lui permettra d’exposer à cinq reprises ses idées dans sa collection "Les Sciences et l’Art de l’Education". (...). Elle collabore aussi à "La Revue des Jeunes", "L’Education", "La revue Belge de pédagogie", "La Vie Intellectuelle", "La Vie Spirituelle", "L’Ecole", etc. Parallèlement, elle publie à un rythme effréné (10 ouvrages entre 1932 et 1935). Cette production lui vaut une certaine notoriété et lui permet d’entrer en relation avec de nombreuses personnalités - aussi bien catholiques que laïques - du « monde de l’éducation ». (...).

En août 1932, elle se rend avec Jean Jaouen, m.s. et François Chatelain, o.p., au 6ème Congrès de l’Education nouvelle à Nice. Leur conclusion commune est sans appel quant au chemin parcouru par la pédagogie nouvelle chez les catholiques : tout reste à faire ! Dès lors, Marie Fargues milite notamment au sein de l’Union des Trois Ordres de l’enseignement libre (U.T.O), qui se donne pour ambition d’étudier, à la lumière de la doctrine catholique, les méthodes d’éducation existantes.

En 1935, parallèlement aux cours d’instruction religieuse qu’elle continue de dispenser à la paroisse des Sapins à Versailles, elle rédige des notices d’ouvrages dans « La bibliothèque de l’éducateur » de la revue Education, en même temps qu’elle collabore à la page féminine de la revue "Sept" et dirige la chronique "Catéchisme" de "La Vie Spirituelle". Mais cette année 1935 correspond aussi et surtout à sa visite de l’Institut Jean-Jacques Rousseau et du Bureau International d’Education à Genève. Ce déplacement lui donnera l’occasion de se lier d’amitié avec quelques personnalités genevoise comme Pierre Bovet, Mlle Butts (secrétaire du BIE) ou encore Madeleine Guex (assistante de Jean Piaget). Dans le même temps, elle fonde, avec la collaboration du Père Lajeunie, o.p., un "Groupe d’Etude de Pédagogie religieuse" (...).

Lors de l’occupation allemande, Marie Fargues poursuit son œuvre à travers de multiples actions. Ainsi, elle organise un cours de formation pour les catéchistes dans le cadre de l’œuvre des catéchismes parisiens, accepte la direction de la chronique "Pédagogie catéchistique" de la revue "L’Ecole", tout en assurant le catéchisme à la paroisse de Saint Germain des Près. Elle est aussi à l’initiative, en 1942, de la fondation d’un « Groupe pour la recherche des Tests de contrôle au catéchisme », prolongement logique des travaux menés avant la guerre par le Groupe d’Etude de Pédagogie religieuse. A la Libération, elle correspond de façon régulière avec le Père Faure, j.s., au sujet des articles relatifs à la formation religieuse paraissant dans la revue Pédagogie, dans laquelle, elle donnera son avis sur les habitudes diocésaines en matière de catéchisme.

En 1945, elle fait partie de la commission catéchistique de l’ « Union des œuvres catholiques de France et Mouvement chrétien de l’enfance ». L’année suivante, elle participe, dans le cadre du service central de recherche et d’action pour l’enfance, à des sessions pédagogiques destinées à l’enfance déficiente auprès de Henri Bissonnier (...). En 1947, elle va dispenser, cinq cours de pédagogie religieuse à l’Institut Supérieur de Pédagogie, alors rattaché à l’Institut Catholique de Paris. Elle va également lancer cette même année, avec l’abbé Colomb, directeur de l’Ecole de catéchistes de Lyon, la première Semaine entre catéchistes, chez elle, à Montsaugeon (Haute Marne). Ce rendez-vous estival annuel se tiendra régulièrement durant une dizaine d’année jusqu’en 1956. (...).

En 1950, Marie Fargues suit de près la création de l’Institut Supérieur de Catéchétique. Appartenant à la première promotion de diplômés de cette nouvelle institution, elle ne manquera pas de donner son avis, parfois critique, sur son orientation. A partir de 1959 (elle a alors 75 ans), elle va se consacrer essentiellement à l’écriture. Cette période est, en effet, essentiellement marquée par la parution et la réédition de nombreux de ses ouvrages signés à l’occasion, du pseudonyme Claire Arbelet. Le 10 août 1973, à Ivry, à l’âge de 89 ans, Marie Fargues s’éteint laissant derrière elle, une œuvre considérable sur les méthodes pédagogiques en général et sur la réforme des méthodes d’enseignement du catéchisme en particulier".

Laurent GUTIERREZ