02. L’Ecole de Guyenne

 

L’ECOLE DE GUYENNE Château Dulamon, Blanquefort (Gironde)

« L’Ecole de Guyenne a été créée en 1905 sur le modèle et les principes de l’Ecole des Roches. Le succès éclatant de cette dernière et la diffusion rapide des écoles nouvelles dans le nord et l’est de la France ont inspiré à un des premiers collaborateurs de M. Demolins, M. Ernest Picard, ancien directeur à l’Ecole des Roches, la pensée de venir installer dans le sud-Ouest un établissement de ce genre. Ouverte depuis deux ans, l’Ecole de Guyenne est déjà forte de ses premiers résultats : elle peut compter sur l’énergique appui de tous les parents de ses premiers élèves.

Elle occupe à dix kilomètres de Bordeaux, sur la route de Blanquefort, le château Dulamon et son merveilleux parc de cinquante hectares. L’organisation matérielle y est hygiénique et confortable, mais simple ; il n’y a aucun luxe inutile.

Le régime est celui de la famille. Maîtres et élèves vivent d’une vie commune et intime. Cette intimité crée la confiance mutuelle et rend possible une liberté plus grande, assise sur le développement de la responsabilité morale chez l’enfant.

L’Ecole prépare aux examens. Mais elle vise encore à former des hommes d’initiative et de commandement, de chefs vigoureux, progressifs, adaptés aux nécessités modernes. Elle les suit dans la vie, les aide à trouver des situations à l’étranger. Un de ses élèves vient d’être reçu au baccalauréat avec la mention assez bien ; il va entrer dans une école de commerce en Angleterre ; un autre va partir pour une école d’agriculture en Amérique.

L’Ecole s’est assuré le concours à demeure d’un aumônier chargé de l’éducation religieuse des enfants catholiques, d’un professeur anglais, chargé des jeux, et d’un professeur allemand.

L’Ecole reçoit des pensionnaires et des demi-pensionnaires ; le prix de demi-pension et de pension varient entre 1350 et 2500 francs selon l’âge et le régime. Ces prix comprennent toutes les fournitures scolaires ; ils sont nets et il n’y a pas de faux frais. Pour tous renseignements, s’adresser à M. Ernest Picard, directeur de l’Ecole de Guyenne. Le programme détaillé et illustré est envoyé sur demande ».

Source : Annuaire du tout sud-ouest 1907-1908.

NB : Je remercie M. Pierre Massé de la Direction des archives départementales du Conseil Général de la Gironde de m’avoir fait parvenir ce texte, le 8 mars 2005.

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(JPG) L’EDUCATION NOUVELLE A L’ECOLE DE GUYENNE par Ernest Picard,Préface d’Edmond Demolins, Bordeaux, imprimerie G. Gounouilhou, 1906, 2ème édition, 80 p.

Lettre-préface, p.9
Préface de la 2ème édition, p.11
La crise de l’éducation et de l’enseignement, p.15
Le problème de l’éducation et de l’enseignement modernes, p.18
Les écoles modernes, p.23
L’Ecole de Guyenne et ses principes d’éducation, p.27
La vie de l’école, p.32
L’Education physique, p.38
L’Education morale, p.44
Les examens, p.53
L’enseignement préparatoire, p.56
L’enseignement secondaire, p.64
La préparation immédiate à la vie, p.73
Dispositions diverses, p.75

Extraits

La crise de l’éducation et de l’enseignement

« Notre système pédagogique traverse une crise. Parents et professeurs, hommes politiques et hommes d’affaires s’accordent à le critiquer. L’Université même est sévère pour ses méthodes. Le régime claustral est condamné. « L’ancien internat a vécu, dit M. Ribot ; il n’a plus guère de défenseurs ». Il sacrifie le corps. Il brise au profit de la règle impersonnelle les ressorts de l’individu. (...) ».

L’Ecole de Guyenne et ses principes d’éducation

L’Ecole de Guyenne s’est ouverte en octobre 1905. Etablie dans le domaine de Bourran à quatre kilomètres du centre de bordeaux, sur le plateau de Mérignac qui domine la ville, elle occupe un beau château confortablement aménagé, avec de vastes dépendances, et entouré d’un parc de près de 30 hectares. Ce parc est composé de pelouses, de bois, de prairies et de vignes ; le Devèze le traverse de ses eaux claires et s’élargit en un lac artistement dessiné par la main de l’homme. (...) ».

La vie de l’école

« (...). 6h15 à 6h45, lever, prière, vingt minutes pour prendre la douche froide ou tiède et pour s’habiller ; une course de trois à quatre cents mètres par tous les temps ; une tasse de lait et un biscuit. 6h45 à 8h15, étude pour préparer les classes de la journée. Cette étude est supprimée pour les jeunes, qui se lèvent plus tard, font une promenade à l’extérieur ou e livrent à des travaux manuels à l’intérieur, selon les saisons. De 8h15 à 9h, un déjeuner substantiel. Les élèves vont faire leurs lits et disposent d’un temps libre, nécessaire, à ce moment de la journée, pour prendre des habitudes d’hygiène indispensable à la santé. (...) ».

L’éducation morale

« On laisse à l’enfant, il est bon de le répéter, autant d’initiative que le permet une école bien organisée. Toute inexactitude devient une faute grave sous ce régime de responsabilité. L’action du maître, sans cesser d’être douce, doit être ferme. (...). L’école réussit dans la mesure même où elle assure cet apprentissage de la liberté. (...) ».

L’enseignement secondaire

« Le but de l’enseignement secondaire n’est pas de donner une éducation spéciale, préparant à telle branche de l’activité économique et sociale. Il est de parfaire la culture générale de l’homme, d’ouvrir à son intelligence une vue synthétique sur le monde, de le rendre apte à saisir l’idée et à comprendre la vie, pour devenir capable d’une action étendue. (...) ».

La préparation immédiate à la vie

« (...). La journée scolaire sera divisée en deux parties. La première sera consacrée au travail intellectuel. Le programme se constituera de géographie économique, d’histoire contemporaine, d’économie sociale, de droit, de sciences appliquées, de langues vivantes. L’après-midi sera consacrée à un stage dans une banque ou dans une maison de commerce. Un semestre d’été sera occupé aux divers travaux d’exploitation du domaine.

Dispositions diverses

L’Ecole de Guyenne (...) accepte des pensionnaires et des demi-pensionnaires. (...). La gymnastique, les jeux, le solfège, le chant, le dessin, les livres même sont comptés dans le prix de la pension. Les élèves achètent cependant les atlas et dictionnaires qui doivent leur servir pour toute la période scolaire, et qu’ils ont intérêts à garder plus tard. L’enseignement de luxe ; piano, vilon, violoncelle, boxe, escrime, équitation, est à la charge des parents, ainsi que les soins extraordinaires donnés par le médecin en cas de maladie et les frais de pharmacien et de dentiste. (...) ».