01. Revue de L’Education nouvelle.

 

En effet, la première trace que nous ayons pu relever dans la presse éducative du 19ème siècle relative au terme d’ « éducation nouvelle » date de 1848 avec la création d’une Revue de L’Education nouvelle . Ce « Journal des mères et des enfants » divisé en deux parties présente la particularité d’être destiné dans sa première partie aux enfants et dans sa seconde partie aux parents. Cet ordre n’est pas innocent à en croire le fondateur et le directeur de ce mensuel : M. Jules Delbrück. Celui-ci expose dans l’introduction du premier numéro de cette revue en novembre-décembre 1848 : « S’il est une réforme sur la nécessité de laquelle tout le monde soit d’accord aujourd’hui, c’est assurément celle des procédés actuels d’enseignement et d’éducation pour l’enfance. De toutes part s’élèvent de vives plaintes ; à tous les points de vue, - et il y en a de bien divers dans cette matière, - on critique une éducation dont le vice essentiel est de ne préparer l’enfant ni aux nécessités de la vie pratique, ni à l’accomplissement des devoirs supérieurs que Dieu et la société lui imposent ».

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Il est fort intéressant de constater que la référence à la religion est récurrente tout au long de cette présentation en regard notamment aux critiques que les catholiques adresseront aux partisans du mouvement de l’Education nouvelle par la suite. Notons également que l’auteur de ces lignes pose comme préalable la différence d’éducation des enfants des familles riches et des familles pauvres. Cela lui permet de montrer l’importance de l’action familiale dans l’accompagnement affectif et moral des enfants. Ainsi, dans la perspective où l’éducation familiale ferait défaut, c’est à l’Etat de prendre en charge ces enfants : « il faut donc que (...) la société intervienne et qu’elle offre sa fraternelle assistance ». L’auteur se réjouit ici de la création des crèches et des écoles maternelles qui permettent de recueillir les enfants des familles pauvres ou des familles « dont l’existence est absolument liée à l’exercice d’une profession ». Jules Delbrück s’en prend ensuite vivement aux méthodes d’enseignement alors professées aux enfants des familles riches. Il constate alors que « l’enseignement le plus coûteux n’amène, en général, qu’un brillant échafaudage de théorie manquant de base solide, sans que d’ailleurs, sauf de très rares exceptions, le lien de famille soit resté suffisamment respecté ».

D’autre part, après avoir évoqué l’intérêt des cours publics et gratuits de sciences appliquées, Jules Delbrück milite expressément pour un enseignement se rattachant à la réalité qu’il nomme « enseignement public et positif » qu’il estime « désormais passé dans nos mœurs (et ne pouvant) que s’étendre beaucoup dans l’avenir, et dans un avenir très prochain ». Il va jusqu’à affirmer que ce type d’enseignement constitue les « conditions vraies de l’éducation naturelle ». Dans cette perspective, il convient de le proposer aux enfants des familles riches et de le rendre accessible aux familles pauvres. Pratiquement, ce type d’enseignement se présente sous la forme de tableaux thématiques illustrés :

Concernant l’application de cet enseignement, Jules Delbrück délimite, dès le départ, le cadre de cette réforme qui au demeurant ne doit pas « sortir des voies praticables ». Les établissements concernés ici sont les crèches, les écoles maternelles, les colonies agricoles et les autres établissements privés ou publics qui recueillent les enfants pauvres ou abandonnés. Cette éducation nouvelle qui concerne le « premier âge » s’inscrit dans le « respect de la loi et de la hiérarchie, les habitudes de politesse, de simplicité, de bon ton, de soins personnels, de bienveillance affectueuse (...) qui manquent aujourd’hui trop souvent en France (...) ». Mentionnons que Jules Delbrück souhaite également adjoindre à ces orientations « l’étude pratique et professionnelle ». Même si cet axe doit être réalisé seulement « dans la mesure du possible », son existence démontre une certaine volonté d’introduire une initiation aux travaux manuels dès le premier âge. Enfin, Jules Delbrück préconise une éducation physique plus complète où à « l’exercice de la promenade pure et simple, nous substituerons quelquefois des jeux de gymnastiques habilement calculés en vue du développement des organes les plus essentiels à la santé ». (...).

Ce plaidoyer en faveur du bonheur des enfants à partir d’une éducation différente annonce une volonté de vulgarisation des nouvelles orientations éducatives et pédagogiques en son temps. En cela, cette revue fait partie, au-delà de son titre, d’un élément constitutif des prolégomènes du mouvement de l’Education nouvelle qui allait voir le jour un demi siècle plus tard.

Laurent GUTIERREZ

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Si vous avez été amené à croiser cette revue au cours de vos recherches ou si vous possédez des informations complémentaires sur les auteurs de celle-ci, n’hésitez pas à nous les faire parvenir afin de les soumettre au plus grand nombre. Si ces travaux ont déjà donné lieu à une ou plusieurs publications, nous serions heureux de pouvoir les indiquer à la suite de cette présentation.

Pour plus de renseignements sur les périodiques relatifs à l’éducation en général, nous vous invitons à consulter l’ouvrage de P. CASPARD-KARYDIS et A.CHAMBON La presse d’éducation et d’enseignement XVIIIè siècle - 1940 (Répertoire analytique établi sous la direction de Pierre Caspard), Tome III : K-R, Editions CNRS, 1994.
L.G.